Autonomie Fourragère

Autonomie Fourragère

02 décembre 2015 : VIDEO REPORTAGE d'Anton SIDLER

Entretien avec Anton Sidler Un éleveur qui transmet sa passion pour l'alimentation des sols.

Entretien avec Anton SidlerUn éleveur qui transmet sa passion pour l'alimentation des sols et des vaches

Agriculteur dans l'Orne, Anton Sidler est passionné par la vie de ses sols et les synergies possibles entre ses cultures et ses 90 vaches laitières. Il vise l'autonomie protéique de son troupeau par les fourrages et notamment les méteils riches en légumineuses.

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Anton Sidler gère deux cheptels : un troupeau de 90 vaches laitières à plus de 10 000 kg de lait chacune, ainsi que ses millions de vers de terre, qui, à raison de 4 tonnes de lombrics par hectare, doivent aussi être nourris en conséquence ! Il met ainsi en place deux plans de nutrition : l’un pour son troupeau avec une ration à base d’ensilages d’herbe, de méteil et de maïs épis accompagnés de pâturage tournant dynamique, et un plan de nutrition pour fournir suffisamment de matière organique et maintenir ainsi ses sols vivants et toujours couverts.

Installé depuis 25 ans près de Bagnoles-de-l’Orne (Orne), cet agriculteur d’origine suisse a pour devise « une vache heureuse pour un éleveur heureux ». Une formule qu’il transmet et met en pratique durant des journées de formation et à travers le DVD Fourrages gagnantsAnton Sidlertravaille en agriculture conventionnelle avec un système intensif tout en utilisant depuis plus de 20 ans des techniques agro-écologiques et biodynamiques.

A la fois pour réduire ses achats de correcteurs azotés et élever des vaches hautes productrices en bonne santé, Anton Sidler a totalement arrêté l’ensilage de maïs plante entière et l’a remplacé par de l’ensilage du maïs épis (sauf en cas de sécheresse). Il mise sur la complémentarité des fourrages cultivés en association : protéagineux, trèfles, luzerne, pairies,... Ces différentes cultures lui permettent de mieux résister aux aléas climatiques, de faire plusieurs récoltes par an et de limiter ses frais culturaux (achats d’engrais azotés et d’herbicides).

Son objectif est de cultiver la protéine et la cellulose pour les vaches et de laisser la lignine aux vers de terre qui ont depuis longtemps remplacé le travail de la charrue. « C’est tout l’intérêt du maïs récolté en ensilage d’épis plutôt qu’en plante entière. En broyant les cannes, on laisse au moins 5 à 6 tonnes de matière sèche au sol », fait-il remarquer.

MÉTEILS PRÉCOCES RICHES EN PROTÉAGINEUX

La ration complète d’Anton Sidler : 
12 kg MS d’ensilages d’herbe et de méteil (18 % MAT) 
8 kg brut d’ensilage de maïs épis 
1 kg de foin 
1 kg de pulpe de betterave 
2 kg de tourteau de colza 
Coût total = 65 €/1 000 l

Anton Sidler est un adepte des  méteils riches en légumineuses. Il sème en octobre, sans engrais ni désherbage, des mélanges de pois fourrager, féverole, vesce, trèfle géant avec un tout petit peu de céréales (moins de 10 kg/ha d’avoine ou de triticale). « J’ensile les méteils vers le 20 mai, au début du stade floraison des protéagineux, car l’azote se trouve d’abord dans les tiges et les feuilles et non dans le grain. Le préfanage dure 48 heures et j’ajoute toujours un inoculant pour assurer une bonne conservation. Le rendement varie entre 5 et 10 tMS/ha selon le potentiel des terres. Cela permet de faire une double culture puisque je sème directement un maïs corné denté précoce, d’indice 200, que je récolterai en maïs épis à l’automne », raconte l’agriculteur qui parvient à faire quatre cultures en deux ans. Le sol reste toujours couvert et il n’hésite pas semer un « petit méteil » derrière un blé, ou sursemer du méteil à 2/3 de dose dans une luzerne ou une prairie fatiguée.

Il couvre les besoins en azote et en fibres par des ensilages et ensuite équilibre en énergie avec de l’ensilage de maïs épis. « En récoltant des fourrages riches en protéines, autour de 17 % de MAT, que l’on complète en énergie avec des céréales, on obtient déjà une ration équilibrée permettant de produire 28 kg de lait par jour, soit 8 500 litres/VL/an. En ajoutant un peu de tourteau de colza, les vaches dépassent les 30 kilos », explique-t-il. « Pour valoriser ces rations riches en fourrages, il faut une génétique performante, c’est-à-dire des vaches bien éclatées, avec du coffre et de larges poumons pour être capables d’ingérer de grandes quantités de fibres et les transformer en lait. » D’après l’éleveur, le coût alimentaire de la ration hivernale (voir encadré) ne dépasse pas 65 €/1 000 litres, semences, engrais et récolte compris.