Perte de repères, perte de sens. Quel avenir pour les producteurs ?

Perte de repères, perte de sens. Quel avenir pour les producteurs ?

 

 

 

Perte de repères, perte de sens. Quel avenir pour les producteurs ?

 

 

 

Il est important, dans cette période difficile, de mettre en place un projet de reconstruction de l’élevage. Celui-ci est sous pression depuis la mise en place des quotas laitiers : blocage de la production, mises aux normes, augmentation des charges contraintes (structures et réglementations), pression écologiques (GES, nitrates, L214, …). Et rien, depuis la fin des quotas laitiers, ne laisse présager un avenir radieux : pas d’augmentation des prix de vente, crise de surproduction, instabilité politique mondiale, pression sociétale, politique nationale incertaine, … . Rien, ni la contractualisation, ni le marché, ne permet de penser que la situation économique s’améliorera. Si la coopération propose une contractualisation « naturelle » intégrée dans son statut de coopérative, les investisseurs quant à eux suivent une logique capitalistique industrielle, et les paysans par contre ont plus que jamais besoin de retrouver les consommateurs. Il est utile de connaître et de décrypter la situation qui résultera des différentes propositions faîtes aux paysans et finalement à la société.

 

 

 

1) L’agriculture de la coopération contractuelle


 

Il est intéressant d’écouter les éleveurs coopérateurs. La contractualisation qui devait permettre des règles claires autour de la production laitière est mal engagée : pas de contrats stables, fixes et clairs, sauf celui de l’application du statut de la coopération qui instaure cette dernière comme légitime pour contractualiser vers le marché au nom de tous ses adhérents. Cette situation possède une absence de clarté dans les prix proposés aux producteurs, et, les règles qui s’appliquent sont si fluctuantes qu’il est impossible d’établir une véritable stratégie de production. L’organisation de la production laitière d’une année donnée pourrait se voir remise en cause l’année suivante. Il existe déjà 3 niveaux de production avec les classe A, B et C et nul ne peut prédire la réactivité du prix mondial sur les prix du lait payé, ni même si les cours mondiaux seront un jour répercutés s’il se positionnaient à la hausse… A y regarder de près, c’est à se demander si la coopération n’organise pas un schéma d’intégration conduisant à une agriculture de kolkhoze dont elle seule, ou tout du moins le pense t’elle, sortirait gagnante au détriment des concurrents privés ...

 

On connaît l'avenir de ces systèmes intégrés et administrés : la ruine des pays par la ruine organisé des agriculteurs ! Les exemples sont légions, comme l’ex RDA, l’Ukraine, la Russie, la Chine, où la collectivisation et l’administration de l’agriculture ont fait disparaitre les forces vives de travail qualifié issu de la culture paysanne au profit de procédures ouvrières peu efficaces. En agriculture, mais plus généralement dans tous les corps de métiers, il est difficile de remplacer le savoir faire et la culture d’un métier par du travail peu qualifié construit sur les procédures et les règles.

 

A ce titre, la coopération, présentée comme l’ultime rempart face à la paupérisation, apparaît être une grande machine qui perd son âme … . Une grande machine incapable de renouveler la force de travail, la culture, le savoir faire et les compétences car les agriculteurs n’y gagnent plus leur vie ! Cette situation économique très dégradée conduit à supprimer l'installation de jeunes. Si cette machine à broyer les revenus et les paysans continue son œuvre, il est alors probable que nous assisterons au collapse d’une grande partie de la production.

 

L’écroulement de la production est la suite logique de l’écrasement du savoir faire des hommes …


 

2) L’agriculture capitalistique d’investissement

 


Cette forme d’agriculture est celle des investisseurs. Elle se met en place pour l’approvisionnement de gros marchés, par exemple les fruits de type bananes, oranges, amandes, avocats, …, mais également l’élevage, la viande notamment. Cette agriculture est performante tant que les ressources sont présentes. Mais, compte tenu de sa capitalisation et de sa dépendance aux ressources naturelles (eau, terres, …) et à la main d’œuvre sous traité, l’avenir de ces systèmes est connu : haute productivité tant que la main d’œuvre non qualifié est disponible, tant que les ressources naturelles sont disponibles. La fragilité de ces systèmes de production est importante. Ils dépendent de la misère sociale qu’ils ont intérêt à entretenir, mais également des ressources naturelles qui, généralement ne sont pas préservés. In fine, ces systèmes capitalistiques introduisent un manque de production au profit de la préservation des capitaux patrimoniaux, toujours précurseur de révolution sociale. La misère des travailleurs est le principal problème avec celui de la subtilisation des bénéfices au profit d’autres causes. Et cette agriculture n’est à l’abri d’aucun problème économique et environnemental. Que se passera t’il si la Californie ne retrouve pas de pluviométrie d’ici 2 ans ? Fini amandes, légumes, vaches et vignes, comme dirait Pierrette !

 

Ce type d’agriculture, en faisant appel massivement au salariat sous qualifié, empêche le développement des compétences productives et des initiatives entrepreneuriales, seules capables de s’adapter rapidement aux conditions changeantes : économie, climat, environnement, social.

 

Ce zoom rapide sur l’agriculture coopérative et capitalistique donne peu de perspectives au développement des savoirs faires, de la qualification et à l’agriculteur indépendant !!!

 

 

 

3) Une autre perspective : l'agriculteur entrepreneur


 

Il existe une autre voie pour la production agricole : celle, naturelle, de l’Entrepreneuriat de type PME, qui est La solution privilégiée par les paysans pour le plus grand bénéfice de la société. Cette agriculture est issue de la structure familiale historique, et, quand elle est bien épaulée, fonctionne et sécurise l’approvisionnement de la cité.

 

Mais pour exister, cette agriculture n’a pas d’autres solutions que rester autonome. Cette autonomie passe par une santé financière conséquente : il s’agit de dégager un revenu dans l’agriculture d’entreprises autonomes.

 

Quel avenir pour l’initiative individuelle ? Il est connu ! Nous assistons à une attaque en règle des grands systèmes de production. Actuellement, il n’existe que peu de solutions pour être concurrentiel face à un gros mastodonte qui peut user de sa position dominante pour écraser le marché.

 

Pour exister dans cette agriculture de PME autonomes, il faut gagner de l’argent, il faut permettre à la génération suivante de prendre pied dans des techniques intéressantes. En d’autres termes, IL FAUT INNOVER ! La technique et l’économie sont, doivent être, les deux axes de développement de l’agriculture.


 

L’Avenir = regarder le passé !


 

Les agriculteurs indépendants ont toujours été capables de développer la productivité et de produire de la stabilité sociale. Ce sont les vilains du Moyen Age, ce sont les koulaks d’Ukraine, ils savaient maintenir un niveau de production pour le bénéfice de tous.

 

Les indépendants sont dépositaires de l’acte même de la démocratie, de la construction de systèmes agricoles nouveaux à partir d’éléments aléatoires (pluie, vent, soleil, sol, biologie, plante …). Ce savoir faire provoque toujours une très grande jalousie depuis la nuit des temps car il existe au final peu d’individus capables de faire beaucoup de choses à partir de rien. Ces agriculteurs sont les dépositaires de la démocratie mondiale car pour innover, résoudre les problèmes, ils sont obligés de regarder, voir, tester, trier, apprendre, s’informer, se former et échanger entre eux pour mieux établir les bonnes règles de gestion de la nature (Source :Joëlle ZASK, « Du jardin d’Éden aux jardins partagés, comment l’agriculture cultive les valeurs démocratiques »Collection : Les Empêcheurs de penser en rond ; Parution : mars 2016)

 

http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-la_d__mocratie_aux_champs-9782359251012.html

 

 

 

Innover : Vers où aller ?


 

C’est relativement simple, l’état des lieux de la planète montre qu’il faut gagner de l’argent et restaurer les ressources naturelles, il faut innover dans une économie rentable du produire sans polluer!

 

Produire sans polluer c’est faire confiance aux plantes, au sol et à la biologie de l’écosystème : copier le fonctionnement de la nature pour faire de l’agriculture. Il faudra actionner toutes les innovations contenues dans ce raisonnement qui pourrait se résumer ainsi = « Le végétal plutôt que le métal ».

 

Pour gagner de l’argent dans le type de marché et de fonctionnement que nous subissons actuellement, il faudra actionner le levier de la gratuité. Mieux utiliser le végétal, la biologie et tous les mécanismes de la nature dans l’acte de production revient à mettre au service des paysans des outils de production gratuits qui s’appellent le soleil, les sols, les plantes  et la biodiversité ! L’acte de production agricole doit s’enrichir d’une nouvelle stratégie : celle d’utiliser la biodiversité gratuite. Aussi curieux que cela puisse paraître, cette stratégie est aussi ancienne que l’agriculture. De tout temps, l’art de cultiver la terre sous entend une alliance constructive avec la nature que l’on fait fructifier pour mieux récolter. Les vers de terre travaillent bien mieux la terre qu’une charrue devenue trop chère, trop énergivore, trop chronophage et trop polluante …

 

Les dérives de certaines stratégies d’exploitation agricole conduisent à la perte de l’indépendance et à la destruction de l’art de cultiver. Aujourd’hui, la remise en production de techniques aussi anciennes que l’agriculture elle même va permettre de relever le défi démocratique, écologique et économique. En copiant le fonctionnement de la nature pour faire de l’agriculture, l’agriculteur remet les légumineuses et la couverture des sols avec un objectif de rendement maximum des plantes à leurs places de productrices d’indépendances protéiques et économiques. Ce travail à engager est l’axe fondateur majeur de la fertilité organique et biologique des sols vivants. C’est l’axe fondateur de la reconquête des revenus et de l’environnement.


 

A La Vache Heureuse, l’avenir est relativement simple : c’est l’autonomie en protéines et en énergie des fermes d’élevages en copiant le fonctionnement de la nature par l’utilisation de la biodiversité mise au service de la production. Une ration de carbone retourne au sol que les champignons structurent, les vers de terre travaillent la terre et l’aèrent, la séquestration de carbone supprime le lessivage et l’érosion tout en augmentant la réserve utile, les bactéries assainissent les effluents et au besoin produisent du biogaz, et les légumineuses fourragères captent l’azote de l’air pour la production des protéines, fourrages riches en carotène qui favorisent la bonne santé des vaches, et des consommateurs qui boivent le lait.